GÉNÉRATION BURN-OUT

maladie ou caprice?

En 2019, ma kiné et mon médecin m’annonçaient que j’étais en plein burn-out. Une belle grosse claque qui te laisse les 5 doigts imprimés sur la face pour un moment.

Bon… Je me suis entourée de professionnels, j’ai démissionné (5 mois plus tard) et je continue de me documenter sur la santé mentale.

Si dans ma famille et mes amis les réactions furent mitigées entre peur de cette maladie inconnue ou rire du style “t’es juste flemmarde”, j’ai été très étonnée de rencontrer de nombreuses personnes dans mon cas.

Je pensais que pour faire un burn-out il fallait avoir 40 ans et avoir mal choisi son métier, par exemple. Mais la grande majorité des gens qui ont vécu une expérience similaire à la mienne était des gens de mon âge, donc de moins de 30 ans. À chaque fois le même schéma, trop en faire, trop en même temps, manque de reconnaissance, coincé dans une vie qui ne nous correspond pas, manque de but ou encore harcèlement moral.

Maintenant que cet épisode est derrière moi, et que je pense en avoir tiré tout le positif que je pouvais pour l’instant, je me suis demandé pourquoi il y avait encore des réactions de rejet si fortes pour cette maladie, notamment par des gens de générations plus anciennes.

Franchement, je comprends que pour certains ce soit assimilé à du caprice. Quand j’ai discuté de ce qu’il ressortait de ma thérapie avec mes grands-parents par exemple, il en est ressorti qu’ils n’arrivaient pas à se rendre compte de ce que c’est, le stress dont je parlais. Ou que le comportement de certains dans le monde du travail n’avait simplement pas lieu d’être. Impossible pour eux.

Pareil pour les personnes travaillant dans le primaire ou le secondaire. Il y a toujours cette idée que le travail physique est plus difficile que celui en bureau. Physiquement, ça va de soi. Mais psychologiquement… Ça ne compte pas. Comme si l’être humain n’existait pas en dehors de son corps, comme si nous ne ressentions rien et qu’il n’y avait aucun lien entre notre esprit et le corps. Cela montre le gouffre socioculturel entre les boomers et la génération des années 2000.

J’ai pendant longtemps trouvé normal de travailler tout le temps. De sacrifier sa santé physique et mentale pour gagner sa vie.

Flemme de lire? 

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Le travail c'est la santé! Non?

Et un jour j’ai réalisé que oui, c’était génial de passer un mois de vacances sur un yach avec du champagne et une vue paradisiaque. Mais… C’est quand même con de passer 11 mois à bosser comme un taré pour avoir 1 mois de bon temps.

Et si la vraie vie, c’était plutôt de bosser 1 mois et de vivre bien 11 mois ? Faut pas rêver me direz-vous !

Alors fort peu probable en effet, on n’a rien sans rien. Mais justement, ça sert à quoi d’avoir tout ce qu’on a, si on n’en est pas heureux ?

Et c’est là toute la nuance entre les générations selon moi. Les années 70 et la découverte de la consommation, c’est fini. Maintenant, on réalise qu’on a oublié comment vivre, comment rester en santé et comment être heureux. Pour soi, et pas pour les autres. Travailler pour se nourrir et pas pour augmenter des profits d’une entreprise qui n’est pas la nôtre. Il y a toujours quelqu’un au-dessus de vous, un chef, un manager, un directeur ou un coach. Si ce n’est pas le cas, il y a de grandes chances que ça soit grâce à un héritage. Et si vous êtes seul et unique CEO, vous devez quand même payer des impôts (et c’est normal). Ce que je veux dire c’est qu’on peut toujours en vouloir plus, on peut toujours se trouver un but, se pousser au-delà de nos limites ou de celles des autres. On ne sera jamais maître du monde. Personne ne l’est et personne ne peut le devenir. Stopper la machine et se satisfaire de ce qu’on a, c’est plus dur. Arrêtez de courir pour faire face à notre présent, c’est une épreuve de la vie que beaucoup fuient jusqu’à leur mort.

Alors non, le burn-out et l’ensemble des « nouvelles » maladies ne sont pas des caprices ou des inventions de fainéants. C’est le résultat d’une course trop effrénée après des idéaux irréfléchis. Comme si nous avions poussé trop loin, trop longtemps et dans le mauvais sens.

Par contre, ce que nous pouvons constater, c’est que le monde change très vite. Et c’est une bonne chose, car il ne tourne toujours pas de manière égalitaire.

Dans le livre The Time Machine de H. G. Wells (1895), l’explorateur du temps se retrouve dans le futur, mais… lointain, soit l’an 802 701. Là vivent des êtres qui ont tous la même couleur de peau, car ils ont fini par tous se mélanger. Ils sont paisibles et se nourrissent de fruits. J’ai peu d’autres souvenirs de ce livre que j’ai lu il y a une dizaine d’années.

Je repense souvent à ce que mon imaginaire en fait. Ça me semble tellement évident. Vivre, ce n’est pas travailler. C’est vivre tout simplement. Bien sûr qu’il faut produire pour manger. Mais si on n’avait jamais inventé Netflix, en aurions-nous besoin ?

Petite je ne comprenais pas comment des peuples reclus qu’on voyait dans les reportages vivaient sans TV. Un jour j’ai compris. Si on ne sait pas que ça existe, on n’en a pas besoin ! Le monde actuel nous créer des besoins, auxquels nous adhérons (moi la première). Nous les voulons donc nous travaillons pour les obtenir. Nous alimentons donc le processus. Je ne dis pas qu’il faut retourner au troc, je ne pense pas qu’il faille d’ailleurs retourner en arrière. Cependant, s’arrêter et lever la tête pour prendre du recul, je pense que ça peut aider tout le monde.

Nous pouvons consommer, mais consciencieusement. La technologie est magique, mais quel est son prix ? Nous avons fini par oublier que derrière tous les objets que nous fantasmons (ça va du sac Vuitton pour certains au dernier smartphone pour d’autres, aux vacances à l’autre bout du monde…), il y a des gens. Des humains, comme vous et moi. Votre commande sur Amazon qui a 3 jours de retard, ce n’est pas Amazon le coupable, c’est le gars dans son hangar qui a un chef qui lui hurle dessus parce qu’il a mis 1 min 45 à faire un colis et pas 1 min 30. On n’y pense pas à ce petit monsieur (ou madame) qui court toute la journée pour un salaire de merde parce que lui aussi veut payer son abonnement Netflix.

Alors, redescendons dans notre réalité qui nous coule entre les doigts. Consommons, dirigeons et travaillons de manière réfléchie et équitable. Réalisons que le but d’une vie est une notion individuelle et que la course effrénée que nous menons n’est pas naturelle.

Si vous ne vous êtes pas encore trouvé, je vous souhaite de le faire même s’il faut passer par un burn-out. Je vous souhaite un bon gros stop et une réflexion profonde.

Je me demande comment sera le monde en 802 701.

lecture

Time Machine

The Time Machine - H. G. Wells

- lien Fnac (version en anglais)

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Photo Emilie

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